Après les déclarations de candidatures de Ségolène Royal et de DSK, plusieurs appels à la constitution d’un « ticket » commun ont été lancés sur notre forum FFE. La motivation de cet appel est respectable : il s’agit de reconnaître les qualités des deux candidats et de renforcer l’unité du Parti en faisant en sorte qu’ils soient non pas opposés mais réunis.
Il faut pourtant montrer, avec le risque de passer pour un camarade sceptique, qu’il s’agit d’une fausse bonne idée, dont l’objet est plus de rassurer les camarades qui ont choisi de soutenir Ségolène Royal.
La Constitution (révisée 1962) prévoit l’élection au suffrage universel du seul Président de la République. Il n’y a pas de vice-président comme aux États-unis, il n’y a pas de suppléant comme pour les députés, il n’y a pas de suivant de liste comme pour les sénateurs au scrutin majoritaire. Si le président disparaît, une élection est immédiatement organisée.
Pour contourner cet obstacle sérieux, les partisans de la thèse, qui connaissent leur Constitution, proposent que le « ticket » soit un président et un premier ministre. Outre qu’il s’agirait d’un remake de la candidature Gaston Deferre à la présidentielle de 1969, accompagné de Pierre Mendès France qui s’était soldée par le plus grand fiasco électoral de la SFIO en 65 ans, il s’agit aussi là d’une erreur politique qui confond l’élection présidentielle issue du suffrage universel direct, et l’élection législative qui « désigne » comme premier ministre celle ou celui qui dirige ou qui du moins a le soutien du groupe de députés le plus nombreux. Quid si l’élection législative envoie une majorité politique différente : plus de ticket ! Quid si les élections législatives rendent nécessaires de choisir un premier ministre qui ne soit pas PS ?
Aucun présidentiable ne voudra être lié par un tel pacte d’autant qu’il ferait l’impasse sur les différences entre les candidats : ainsi DSK s’est prononcé pour un Président fort, qui ne soit pas au dessus de la mêlée, « les mains dans le cambouis » pour montrer la rupture avec Chirac. Et bien d’autres questions méritent clarification comme le nationalisme, le retour aux valeurs morales, la lutte contre le chômage, la construction européenne,….
La chanson des Beatles avait d’ailleurs bien anticipé cette délicate question constitutionnelle, puisqu’elle dit « she’s got a ticket to ride, but she don’t care », « elle a un ticket pour gagner, mais elle s’en moque » !
On parle d’un ticket Ségolène Royal – DSK, mais pas d’un ticket DSK - Ségolène Royal, ni Ségolène Royal – Laurent Fabius, pourtant largement plus complémentaire avec Ségolène Royal sur le positionnement à gauche, sur le non au referendum, sur la compétence économique. Et je n’ose évoquer le beau ticket qu’auraient fait (dans quel ordre ?) François Hollande et Ségolène Royal.
Il y aurait beaucoup d’autres arguments, mais je craindrai de lasser. Non, je pense que cet objet politique flottant a surtout pour objet de faire disparaître DSK à la trappe et d’éviter le débat. Ce serait dommage : la grande force de notre parti, c’est le débat et le choix démocratique qu’il ne faut pas craindre.
Nous avons 6 semaines devant nous pour faire valoir les qualités et les forces de nos champions respectifs : profitons en ! Après quoi nous nous rangerons tous derrière le candidat choisi et nous ferons campagne pour battre la droite.
Richard Yung
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